Température du ballon d’eau chaude et légionelles : ce que dit l’arrêté de 2005
Par Gabriel Nédélec, ancien responsable d’équipe en chauffage et climatisation, fondateur d’AUTILIA
Publié le 4 novembre 2026
Un client vous demande de baisser la température de son ballon pour payer moins d’électricité. Deux risques tirent alors en sens inverse : les légionelles, qui aiment l’eau tiède, et les brûlures, qui viennent de l’eau trop chaude. Voici les températures que fixe l’arrêté du 30 novembre 2005, les installations auxquelles il s’applique vraiment, et ce que recommandent l’ADEME et les agences régionales de santé. Textes relus sur Légifrance le 16 octobre 2026.
Deux risques qui tirent en sens inverse
Les légionelles sont des bactéries présentes dans l’eau. Elles prolifèrent entre 25 et 45 °C, selon les agences régionales de santé (ARS) de Bretagne et des Pays de la Loire. On se contamine en respirant de fines gouttelettes d’eau, sous la douche par exemple. Boire l’eau ne présente pas de risque, précise l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes, qui ajoute que la légionellose est mortelle dans 10 % des cas.
L’eau trop chaude, elle, brûle. Une note d’information du ministère des solidarités et de la santé du 15 février 2019 reprend les chiffres de l’Institut national de santé publique du Québec : chez un adulte en bonne santé, le risque de brûlure est inexistant sous 44 °C. À 49 °C, il faut 10 minutes pour une brûlure du deuxième degré. À 60 °C, 5 secondes suffisent. Les enfants se brûlent environ quatre fois plus vite que les adultes.
L’arrêté de 2005 tient compte des deux : une eau assez chaude dans le réseau contre les légionelles, une eau limitée au robinet contre les brûlures.
Ce que dit l’arrêté : la limite contre les brûlures
L’arrêté du 30 novembre 2005 a réécrit l’article 36 de l’arrêté du 23 juin 1978, qui encadre les installations fixes de chauffage et d’eau chaude sanitaire. Sa première partie vise le risque de brûlure, aux points de puisage (robinets et douches) :
- Dans les pièces destinées à la toilette : 50 °C au maximum.
- Dans les autres pièces : 60 °C au maximum.
- Dans les cuisines et les buanderies des établissements recevant du public (ERP) : jusqu’à 90 °C, en certains points qui portent une signalisation particulière.
Ce que dit l’arrêté : les températures contre les légionelles
La seconde partie vise les réseaux où peuvent être branchés des points de puisage à risque, c’est-à-dire ceux qui exposent des personnes à un aérosol d’eau, notamment les douches. Ses exigences valent pendant l’utilisation des installations et dans les 24 heures qui la précèdent :
- Si le volume d’eau entre le point de mise en distribution et le point de puisage le plus éloigné dépasse 3 litres : 50 °C au moins en tout point du réseau, sauf dans les tubes finaux qui alimentent les points de puisage. Ces tubes doivent contenir le moins d’eau possible, et 3 litres au plus.
- Si le volume total des équipements de stockage atteint ou dépasse 400 litres : l’eau stockée, hors ballons de préchauffage, doit être en permanence à 55 °C au moins à la sortie des équipements, ou être portée au moins une fois par 24 heures à une température suffisante.
Pour cette montée quotidienne, le texte pose une réserve : le premier alinéa de l’article doit être respecté en permanence. L’annexe 1, publiée au Journal officiel du 15 décembre 2005 mais absente de la page Légifrance, fixe le temps minimum de maintien :
- 70 °C ou plus : 2 minutes.
- 65 °C : 4 minutes.
- 60 °C : 60 minutes.
À qui il s’applique
L’arrêté de 1978 couvre les installations de chauffage et d’eau chaude des bâtiments d’habitation, de bureaux ou recevant du public. Les logements sont donc dans son champ, pas seulement les ERP.
Les règles de 2005 ont pris effet un an après leur parution au Journal officiel du 15 décembre 2005. Dans une réponse publiée au Journal officiel le 9 avril 2019, le ministère de la santé précise que les températures contre les légionelles s’appliquent aux installations neuves ou entièrement rénovées après le 15 décembre 2006. Pour les ERP, l’ARS Bretagne applique la même date aux deux parties de l’arrêté, et parle de valeurs recommandées pour les installations plus anciennes.
Pour un ballon individuel, regardez les seuils. Les 55 °C en sortie ne s’imposent que si le stockage total atteint ou dépasse 400 litres : un ballon de 200 litres seul n’y est pas. Les 50 °C dans tout le réseau dépendent du volume d’eau entre la production et le point de puisage le plus éloigné. Dans la même réponse, le ministère présente le dépassement des 3 litres comme le cas général des installations collectives. Le plafond de 50 °C dans la salle de bains, lui, ne dépend d’aucun volume.
Ce que le texte ne fixe pas
Aucun texte lu ne fixe un réglage obligatoire du thermostat pour un ballon individuel de moins de 400 litres. Pour ce ballon, les chiffres qui suivent sont des recommandations, pas des obligations.
Dans les ERP : une surveillance en plus
Un deuxième texte, l’arrêté du 1er février 2010, s’ajoute à celui de 1978. Il vise les installations collectives d’eau chaude qui alimentent des points d’usage à risque dans les établissements de santé, sociaux et médico-sociaux, les établissements pénitentiaires, les hôtels et résidences de tourisme, les campings et les autres ERP. Il ne s’applique pas aux eaux minérales naturelles utilisées à des fins thérapeutiques dans les établissements thermaux. Hors établissements de santé, il demande :
- Un relevé de température une fois par mois en sortie de production, au point d’usage à risque le plus représentatif (à défaut le plus éloigné) et au retour de chaque boucle.
- Une analyse de légionelles une fois par an en fond de ballon (le cas échéant), au point d’usage à risque et au retour de boucle.
- Moins de 1 000 unités formant colonie par litre de Legionella pneumophila à tous les points d’usage à risque.
Les établissements de santé ont un calendrier plus serré, avec une température relevée chaque jour en sortie de production. L’ARS Pays de la Loire rappelle que cette surveillance ne s’applique pas aux immeubles d’habitation, mais recommande fortement de s’en inspirer. Pour les établissements qui hébergent des personnes âgées ou handicapées, la note de 2019 recommande de ne pas dépasser 50 °C aux points d’usage destinés à la toilette, quelle que soit l’ancienneté des installations.
Les recommandations : 55 °C revient souvent, pas partout
Hors des textes, les organismes publics donnent des repères. Ce sont des conseils, et ils ne disent pas tous la même chose :
- ADEME, guide « Comment réduire sa facture d’électricité ? » de décembre 2024 : régler la température de l’eau à 55 °C, pour réduire la dépense d’énergie tout en limitant les risques de brûlure, le développement de bactéries pathogènes et le calcaire.
- ADEME, fiche sur le chauffe-eau de juillet 2022 : régler le thermostat entre 50 et 55 °C.
- France Rénov’ : un ballon réglé entre 55 et 60 °C, et coupé lors d’absences de plusieurs jours quand c’est possible.
- ARS Pays de la Loire, pour les réseaux : 55 °C au moins en production et 50 °C en distribution jusqu’au point d’usage, avec un mitigeage au plus près du point d’usage.
Chez un particulier, les ARS ne donnent pas le même repère. L’ARS Auvergne-Rhône-Alpes conseille de vérifier que l’eau chaude est à 50 °C au moins, tout en prévenant qu’au-dessus de 50 °C elle peut causer de graves brûlures. L’ARS Bretagne parle d’au moins 50 °C et d’au plus 60 °C à l’évier de la cuisine. L’ARS Pays de la Loire conseille de vérifier que l’eau chaude distribuée ne dépasse pas 50 °C. Seule la page de Bretagne dit à quel robinet mesurer.
L’ARS Pays de la Loire ajoute qu’une production instantanée (chauffe-eau gaz ou chaudière) limite le risque, faute de stockage d’eau, et conseille un entretien annuel par un professionnel en cas de production individuelle.
Le client veut baisser son ballon : quoi lui répondre
- Expliquez les deux risques avec les chiffres officiels : les légionelles prolifèrent entre 25 et 45 °C, et une eau à 60 °C cause une brûlure du deuxième degré en 5 secondes chez un adulte.
- Proposez de garder le ballon à 55 °C. C’est la valeur que l’ADEME elle-même conseille dans son guide de décembre 2024 pour réduire la facture, en ajoutant de faire intervenir un plombier si besoin.
- Avec un ballon à 55 °C, l’eau peut arriver à la douche à plus de 50 °C. Proposez un mitigeur thermostatique au point d’usage plutôt qu’un ballon moins chaud : l’arrêté plafonne l’eau à 50 °C aux points de puisage des pièces de toilette. L’ARS Auvergne-Rhône-Alpes recommande fortement des mitigeurs thermostatiques labellisés NF.
- Parlez des autres économies chiffrées par l’ADEME : les réducteurs de débit (40 € par an en moyenne), la jaquette isolante autour du ballon (21 € par an en moyenne). Sa fiche de 2022 conseille aussi de couper le chauffe-eau en cas d’absence de plus de 2 ou 3 jours.
- Si le ballon est trop grand pour le foyer, dites-le : selon l’ADEME, 30 % des chauffe-eau sont surdimensionnés, et passer de 200 litres à 50 litres économise 300 à 400 kWh par an.
- Pour le retour de vacances, l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes conseille de faire couler l’eau chaude et l’eau froide quelques minutes et, si possible, de monter temporairement la température du chauffe-eau.
- Notez sur le bon d’intervention le réglage trouvé, le réglage laissé et la demande du client.
La réponse en une phrase
Le ballon reste à 55 °C, la valeur que l’ADEME conseille pour réduire la facture tout en limitant les bactéries, et la température de la douche se règle au mitigeur.
Questions fréquentes
À quelle température régler un ballon d’eau chaude contre les légionelles ?
Aucun texte ne fixe le réglage du thermostat d’un ballon individuel de moins de 400 litres. Une règle peut pourtant s’appliquer : sur une installation neuve ou entièrement rénovée après le 15 décembre 2006 et qui peut alimenter des douches, si le réseau contient plus de 3 litres entre la production et le point de puisage le plus éloigné, l’eau doit être à 50 °C au moins en tout point du réseau, hors tubes finaux. L’ADEME recommande 55 °C dans son guide de décembre 2024, France Rénov’ entre 55 et 60 °C. Pour un stockage de 400 litres ou plus, dans les mêmes conditions, l’arrêté exige 55 °C en sortie, ou une montée quotidienne en température.
Peut-on régler son chauffe-eau à 50 °C ?
L’ADEME parlait de 50 à 55 °C dans une fiche de juillet 2022, puis de 55 °C dans son guide de décembre 2024. France Rénov’ conseille 55 à 60 °C. Les ARS rappellent que les légionelles prolifèrent entre 25 et 45 °C.
Quelle est la température maximale de l’eau chaude dans une salle de bains ?
50 °C aux points de puisage des pièces destinées à la toilette, et 60 °C dans les autres pièces. L’ARS Bretagne précise que ces plafonds s’imposent aux ERP dont les installations sont postérieures à 2006, et qu’ils sont recommandés pour les plus anciennes.
L’arrêté du 30 novembre 2005 s’applique-t-il aux maisons individuelles ?
Il vise les bâtiments d’habitation, sans exclure les maisons. Mais ses deux règles contre les légionelles dépendent de seuils à vérifier sur chaque installation : plus de 3 litres d’eau dans le réseau, 400 litres de stockage. Un ballon de 200 litres seul n’atteint pas le second.
Faut-il couper son chauffe-eau pendant les vacances ?
L’ADEME le conseille pour une absence de plus de 2 ou 3 jours, France Rénov’ pour une absence de plusieurs jours quand c’est possible. Au retour, l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes conseille de faire couler l’eau chaude et l’eau froide quelques minutes.
Une question sur le réglage d’un ballon se règle mieux sur place qu’au téléphone. Si le client appelle pendant que vous êtes sur un chantier, AUTILIA décroche quand vous ne répondez pas : l’assistante prend sa demande, la trie par priorité et pose un rendez-vous dans votre agenda. Le réglage, c’est vous qui le faites.
À lire aussi
Sources
- Légifrance, arrêté du 23 juin 1978 (version en vigueur, article 36)
- Légifrance, arrêté du 30 novembre 2005
- Légifrance, arrêté du 1er février 2010 relatif à la surveillance des légionelles
- Assemblée nationale, question écrite n° 16911 et réponse du ministère (JO du 9 avril 2019)
- Note d’information DGCS/DGS du 15 février 2019 sur les brûlures et la légionellose (copie ARS Bretagne)
- Journal officiel du 15 décembre 2005, arrêté du 30 novembre 2005 et son annexe 1 (copie ARS PACA)
- ARS Auvergne-Rhône-Alpes, légionellose : comment se protéger
- ARS Bretagne, légionelles et légionellose
- ARS Pays de la Loire, la prévention du risque légionelles
- ADEME, comment réduire sa facture d’électricité (décembre 2024)
- ADEME, chauffe-eau : comment éviter les surconsommations (juillet 2022)
- France Rénov’, les bons gestes en matière d’eau chaude sanitaire