Après une tempête : trier les appels quand on est couvreur
Par Gabriel Nédélec, ancien responsable d’équipe en chauffage et climatisation, fondateur d’AUTILIA
Publié le 26 octobre 2026
Le lendemain d’une tempête, le téléphone d’un couvreur sonne sans arrêt, et tous les appels ne se valent pas. Une pluie qui entre dans une chambre passe avant une tuile glissée sur un toit qui tient. Voici comment trier, quoi noter à chaque appel, et quoi dire au client sur sa sécurité et son assurance, sans rien lui promettre. Relevé sur les pages officielles le 16 octobre 2026.
D’abord, la sécurité
Quand un département passe en vigilance orange pour le vent, Météo-France prévient que « les toitures et les cheminées peuvent être endommagées » et que des branches d’arbre risquent de se rompre. Parmi ses conseils : « Je n’interviens pas sur les toits ». La carte de vigilance est actualisée au moins deux fois par jour, à 6 h et à 16 h.
Une fois la tempête passée, la sécurité civile (ministère de l’Intérieur) demande de ne pas toucher les lignes électriques endommagées ou tombées à terre et de les signaler immédiatement, d’examiner murs, sols, portes, escaliers et fenêtres pour écarter un risque d’écroulement, et de porter vêtements fermés, gants et chaussures fermées à cause des débris.
Enedis est plus précis. Ne touchez jamais un câble tombé au sol, ne vous approchez pas d’un arbre en contact avec une ligne électrique, et signalez tout incident à son numéro de dépannage. Pour les travaux de toiture près d’une ligne, Enedis demande de garder une distance de sécurité de 3 mètres avec une ligne ou un câble tombé au sol, et plus de 3 m avec un câble aérien.
| Câble tombé, arbre ou branche sur une ligne (Enedis, 24 h/24, 7 j/7) | 09 726 750 + les 2 chiffres du département |
|---|---|
| Accident : le SAMU | 15 |
| Accident : la police | 17 |
| Accident : le numéro d’urgence européen | 112 |
En cas d’accident, Enedis demande d’interdire l’accès et de ne pas toucher une personne encore en contact avec l’ouvrage électrique.
Trier en quatre cas
Le lendemain, l’ordre d’arrivée des appels ne dit rien de l’urgence. Un tri simple tient en quatre cas, du plus pressé au moins pressé.
- L’eau entre en ce moment. Plafond qui goutte, tache qui s’étend, toiture ouverte sur une pièce : c’est le premier rappel à faire. Le but du jour est de mettre hors d’eau, avec une bâche ou une réparation provisoire, pas de refaire le toit.
- Un arbre ou une grosse branche sur la maison. Première question : touche-t-il un câble électrique ? Si oui, Enedis d’abord, et personne ne s’approche. Sinon, l’eau entre-t-elle ? Si oui, l’appel passe au premier rang.
- Des tuiles ou des ardoises déplacées, sans fuite. Rien n’entre encore, mais la prochaine pluie peut changer la donne. Le client veut une date : donnez-lui un créneau que vous tiendrez plutôt qu’un « demain » que vous ne tiendrez pas.
- Une simple vérification. Le client a entendu du bruit, voit des débris dans le jardin, ou veut être rassuré. Ces demandes passent après les autres, sans être oubliées.
La question qui reclasse un appel
« Est-ce que l’eau entre chez vous en ce moment ? » Posée dès le début, elle sépare la fuite active, qui ne peut pas attendre, des dégâts qui tiendront quelques jours. Une infiltration passe devant le client qui a appelé plus tôt pour une tuile.
Ce qu’il faut noter à chaque appel
Quand les appels s’enchaînent, la même fiche pour chacun évite de rappeler pour une information oubliée. Pour un couvreur, elle tient en sept lignes :
- Le nom, l’adresse complète et un numéro où rappeler. Demandez un portable : en vigilance orange vent, Météo-France prévient que des coupures d’électricité et de téléphone peuvent toucher les réseaux « pendant des durées relativement importantes ».
- Ce qui se passe maintenant : l’eau entre ou non, dans quelle pièce, depuis quand.
- Ce qui a bougé : tuiles, ardoises, faîtage, cheminée, gouttière, fenêtre de toit.
- Un câble à terre ou un arbre contre une ligne, et si Enedis a été prévenu.
- Ce que le client a déjà fait : seaux, meubles déplacés, photos, bâche déjà posée.
- Qui décide des travaux : le propriétaire, le locataire ou le syndic de copropriété.
- Si l’assureur est prévenu, et lequel.
Ce que vous pouvez dire au client en attendant
Le client qui attend votre passage veut savoir quoi faire. Cinq consignes reviennent :
- Ne montez pas sur le toit. Pendant une vigilance orange vent, c’est la consigne de Météo-France. Une fois le vent tombé, la toiture abîmée reste un travail de professionnel équipé.
- Limitez les dégâts sans vous mettre en danger. France Assureurs demande de prendre les mesures qui évitent l’aggravation des dommages : bâchage de la toiture endommagée, mise à l’abri du mobilier, déblayage si nécessaire.
- Prenez des photos avant de ranger. France Assureurs : « Pensez à prendre des photos des dégâts avant de prendre les mesures de sauvegarde. » Depuis le sol ou depuis la maison, jamais sur le toit.
- Gardez les factures. France Assureurs conseille de regrouper les factures des biens endommagés, et celles des matériaux si le client répare lui-même : elles seront prises en compte par l’assureur. Si un expert vient, il faut lui remettre les justificatifs : factures, bons de garantie, devis, photos (service-public).
- Prévenez l’assureur sans attendre, par tous les moyens : téléphone, courriel, lettre recommandée (France Assureurs).
La bâche n’attend pas l’accord de l’assureur
Sur sa page consacrée à l’expertise, service-public rappelle que l’assuré ne doit pas engager de réparations importantes sans l’accord de son assureur, avec une exception pour les mesures d’urgence, « par exemple, bâcher un toit après une tempête ». La mise hors d’eau peut donc se faire tout de suite. La réfection, elle, attend l’accord.
La garantie tempête : ce que disent les textes
L’article L. 122-7 du code des assurances prévoit qu’un contrat qui assure des biens situés en France contre l’incendie ou d’autres dommages couvre aussi les effets du vent dû aux tempêtes. France Assureurs donne comme exemples la chute d’arbre, le toit endommagé ou arraché, et le mobilier abîmé par la pluie après un dommage de toiture. Le bâtiment principal est couvert automatiquement. Pour les bâtiments annexes, la véranda ou une clôture en dur, France Assureurs renvoie au contrat : ils sont en général assurés s’ils y sont mentionnés.
Il n’y a pas à attendre une déclaration officielle de catastrophe naturelle pour être indemnisé d’une tempête, répond France Assureurs. Le ministère de l’Économie précise qu’une tempête dont les vents restent sous la vitesse des cyclones et des ouragans n’est pas reconnue catastrophe naturelle : ses dégâts relèvent des garanties « dommages aux biens » du contrat. Ce seuil figure dans le code : 145 km/h en moyenne sur dix minutes, ou 215 km/h en rafales, pour un événement cyclonique.
L’inondation suit une autre règle. Pour les dégâts causés par une inondation, la déclaration de catastrophe naturelle est nécessaire, écrit France Assureurs. Il faut alors un arrêté interministériel, et l’assuré déclare le sinistre dès qu’il en a connaissance, au plus tard 30 jours après la publication de l’arrêté au Journal officiel (article L. 125-2, service-public, ministère de l’Économie).
Le délai de déclaration et l’expert
Pour une tempête, le délai ne s’écrit pas pareil partout. France Assureurs : « Vous disposez d’un délai de cinq jours pour effectuer votre déclaration. » L’article L. 113-2 du code des assurances : l’assuré prévient l’assureur dès qu’il a connaissance du sinistre, et au plus tard dans le délai fixé par le contrat, qui « ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés ». Les deux disent de ne pas attendre. Le contrat du client fixe le délai exact, et ce n’est pas à vous de le lui garantir.
L’expert n’est pas systématique. Hors des cas où la loi l’impose, c’est l’assureur qui décide s’il en faut un, après la déclaration (service-public), selon la description des premiers dégâts (France Assureurs). Pour un sinistre de faible importance, l’expertise peut se faire à distance, à partir de photos, de documents ou par vidéoconférence. L’assuré peut y assister et faire valoir ses observations.
Ne promettez jamais le remboursement
Au téléphone, la tentation est de rassurer : « l’assurance va payer ». Plusieurs choses vous échappent pourtant.
- Le client n’est peut-être pas assuré. L’assurance habitation est obligatoire pour les locataires et les copropriétaires, mais pour un copropriétaire l’obligation se limite à la responsabilité civile. Le propriétaire qui vit dans une maison hors copropriété n’y est pas obligé : elle lui est seulement recommandée (ministère de l’Économie).
- Certains biens peuvent être exclus. L’assureur peut exclure des bâtiments ou des éléments de bâtiments qui ne résisteraient pas assez à un vent violent (DGCCRF).
- Il y a une franchise, et elle varie selon les contrats (France Assureurs).
- L’assureur paie les réparations sur la base d’un devis qu’il a validé, sans dépasser la valeur du bâtiment déclarée au contrat (France Assureurs).
Une phrase juste ressemble à ceci : « je mets hors d’eau et je vous fais un devis ; c’est votre assureur qui dira ce qu’il prend en charge ». Elle protège le client autant que vous.
Questions fréquentes
Après une tempête, combien de temps a-t-on pour déclarer le sinistre ?
Le délai du contrat, jamais moins de cinq jours ouvrés selon l’article L. 113-2 du code des assurances. France Assureurs écrit « cinq jours ». Dans les deux cas, prévenez l’assureur sans attendre.
Une tempête est-elle une catastrophe naturelle ?
Non. Le vent d’une tempête relève de la garantie tempête du contrat, sans arrêté à attendre. Seul le vent d’un événement cyclonique qui atteint ou dépasse 145 km/h en moyenne sur dix minutes ou 215 km/h en rafales relève des catastrophes naturelles (article L. 122-7 du code des assurances). Une inondation, elle, demande un arrêté de catastrophe naturelle.
Peut-on bâcher un toit avant le passage de l’expert ?
Oui. Service-public cite le bâchage d’un toit après une tempête comme mesure d’urgence permise sans l’accord de l’assureur. Les réparations importantes, elles, attendent cet accord. Prenez des photos avant de bâcher.
La chute d’un arbre sur le toit est-elle couverte par l’assurance ?
France Assureurs cite la chute d’arbre parmi les dommages couverts par la garantie tempête. Ce que l’assureur paie dépend du contrat (franchise, exclusions) : c’est à lui de le dire, pas au couvreur.
Quel numéro appeler pour un câble électrique tombé après une tempête ?
Le dépannage d’Enedis, 24 h/24 : 09 726 750 suivi des deux chiffres du département. Ne touchez jamais le câble et restez à distance. En cas d’accident, le 15, le 17 ou le 112.
Le lendemain d’une tempête, le téléphone sonne pendant que vous êtes sur un toit. AUTILIA répond aussi pour les couvreurs. Vous gardez votre numéro : un renvoi lui passe les appels que vous ne prenez pas, quand vous ne décrochez pas, quand vous êtes déjà en ligne ou quand vous n’avez pas de réseau. Elle note la demande, vérifie l’adresse et envoie au client un récapitulatif par SMS, avec un lien pour corriger (sur un portable). Pour une urgence pendant vos horaires, elle vous passe l’appel ; la nuit, elle note la demande comme urgente et donne l’heure à laquelle vous rouvrez. Chaque appel s’écoute et se relit depuis votre téléphone : à vous de rappeler dans l’ordre que vous avez choisi.
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Sources
- Légifrance, code des assurances, article L. 122-7 (garantie tempête)
- Légifrance, code des assurances, article L. 113-2 (déclaration du sinistre)
- Légifrance, code des assurances, articles L. 125-1 à L. 125-7 (catastrophes naturelles)
- France Assureurs, tempête : questions-réponses sur votre assurance
- Service-public, assurance habitation : comment se déroule l’expertise ?
- Service-public, catastrophe naturelle : indemnisation par l’assurance
- Ministère de l’Économie, catastrophe naturelle : les indemnisations
- Ministère de l’Économie, ce qu’il faut savoir sur l’assurance habitation
- DGCCRF, assurance multirisque habitation
- Météo-France, vigilance vent
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- Enedis, dépannage et urgences
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- Sécurité civile, ministère de l’Intérieur, tempête et cyclone