Monoxyde de carbone : que faire, et que dire au client qui appelle

Par Gabriel Nédélec, ancien responsable d’équipe en chauffage et climatisation, fondateur d’AUTILIA

Publié le 2 novembre 2026

Un client appelle pour sa chaudière et précise, en passant, que toute la famille a mal à la tête depuis le matin. Ce n’est peut-être pas une panne. Le monoxyde de carbone ne se voit pas et ne se sent pas : au téléphone, ce sont les signes décrits qui doivent alerter. Voici ces signes, les consignes officielles à donner tout de suite, recopiées sans rien y ajouter, et ce que le chauffagiste vérifie ensuite. Relevé le 16 octobre 2026 sur les pages de Santé publique France et de service-public, et dans le communiqué de la Direction générale de la santé.

Le client ne dira pas « monoxyde »

Santé publique France décrit le monoxyde de carbone (CO) comme un gaz toxique « incolore, inodore, sans saveur et non irritant » : la personne exposée ne le perçoit pas. Le client n’appelle donc pas pour une odeur. Il appelle pour une chaudière qui marche mal et parle de sa santé au détour d’une phrase.

Les premiers signes, selon le communiqué publié le 26 novembre 2025 par la Direction générale de la santé, Santé publique France et l’Anses : « des maux de tête, une grande fatigue, des nausées, des vomissements ou des vertiges ». Le même communiqué donne trois indices qui doivent faire penser au monoxyde :

  • Les symptômes sont apparus rapidement.
  • Un appareil à combustion fonctionne dans le logement.
  • Plusieurs personnes, ou les animaux de la maison, sont touchés en même temps, au même endroit.

Santé publique France prévient que ces signes « peuvent parfois orienter le diagnostic à tort vers d’autres pathologies » : une intoxication alimentaire sans diarrhée, un syndrome grippal sans fièvre. Un client qui parle d’une gastro ou d’une grippe de toute la famille, en hiver, avec une chaudière qui fonctionne mal, décrit peut-être autre chose. L’intoxication est souvent collective, et les symptômes varient d’une personne à l’autre selon la sensibilité de chacun : la page cite les personnes âgées, les enfants, les femmes enceintes et les personnes atteintes de certaines maladies, comme l’anémie.

Dans les formes graves, Santé publique France décrit une perte de connaissance, des troubles neurologiques ou cardiovasculaires, pouvant aller jusqu’au coma, puis la mort. Le communiqué ajoute qu’« en quelques minutes, une intoxication grave peut provoquer un coma, voire même un décès ». La suite de l’appel ne peut donc pas attendre.

Les réflexes officiels, à donner tout de suite

La conduite à tenir en cas de soupçon est publiée. La voici telle que l’écrit le communiqué du 26 novembre 2025, dans son ordre :

  1. Aérez immédiatement la pièce en ouvrant portes et fenêtres.
  2. Arrêtez les appareils à combustion si cela est possible.
  3. Évacuez les lieux sans attendre.
  4. Appelez les secours : le 15 (Samu), le 18 (pompiers), le 112 (numéro d’urgence européen) ou le 114 pour les personnes malentendantes, ou un centre antipoison au 01 45 42 59 59 (numéro d’urgence disponible 24 h/24 et 7 j/7).

Le communiqué précise que l’état de la personne peut nécessiter une hospitalisation. La fiche de service-public sur l’entretien de la chaudière dit la même chose en plus court : en cas de soupçon d’intoxication, il faut aérer le logement, arrêter les appareils à combustion et appeler les secours. Pour savoir qui joindre, service-public indique le 15 pour les urgences médicales et cite le 18 pour un dégagement de gaz ou de vapeurs toxiques ; le 112 oriente vers le bon service dans tous les cas.

Au téléphone, la conséquence est simple. Donnez ces gestes, dans cet ordre, puis laissez la personne raccrocher pour les faire. Le diagnostic de la chaudière, le rendez-vous et le devis viendront après. Le communiqué ne cite pas le chauffagiste parmi les appels à passer : ce sont les secours qu’il faut joindre.

Le 114 ne se compose pas comme les autres

Selon service-public, le 114 s’adresse aux personnes sourdes, sourdaveugles, malentendantes et aphasiques. Il est gratuit et fonctionne 24 h/24, par l’application « urgence 114 », par le site info.urgence114.fr ou par SMS, en visio, tchat, images et langue des signes française. Pour faire intervenir les secours, il a besoin du nom, de l’adresse précise et du motif de l’appel.

Après l’alerte, les secours peuvent rappeler depuis le 0 800 112 112. C’est le numéro unique des services d’urgence pour rappeler les personnes qui les ont contactés, gratuit, et ce n’est pas un démarchage. Service-public conseille de l’enregistrer dans son téléphone sous le nom « Services d’urgence » pour répondre en confiance.

Avant de rallumer quoi que ce soit

L’alerte passée, le client voudra retrouver du chauffage. Le communiqué est net : il est « impératif » de faire vérifier et entretenir les installations de chauffage, de production d’eau chaude et les conduits de fumée par un professionnel qualifié « au moins une fois par an et avant toute remise en fonctionnement ». C’est là que le chauffagiste intervient.

L’appareil en cause n’est pas toujours la chaudière. Le communiqué cite quatre familles de causes principales :

  • Les appareils raccordés à un conduit (chaudières, chauffe-eau, poêles ou cheminées) mal entretenus ou mal réglés.
  • Les appareils mobiles mal utilisés : chauffages d’appoint, braseros, barbecues, groupes électrogènes ou pompes à eau, et autres appareils à moteur thermique.
  • Les véhicules dont le moteur tourne dans un local non ventilé, comme un garage.
  • Les appareils qui brûlent du gaz, du bois, du charbon, du fioul, du butane, du propane, de l’essence ou du pétrole.

En prenant le rendez-vous, demandez donc quels appareils à combustion tournaient dans le logement, chauffage d’appoint et groupe électrogène compris. Le communiqué rappelle qu’un chauffage d’appoint fonctionne deux heures de suite au maximum, et que les appareils de cuisson (plaques, fours, réchauds à gaz) ne doivent jamais servir à se chauffer.

Pensez-y aussi après une tempête ou une coupure de courant. Le communiqué note que le risque augmente avec les groupes électrogènes et les pompes à eau utilisés en cas d’inondation ou de coupure d’électricité. Il demande de ne jamais utiliser à l’intérieur les groupes électrogènes ni les pompes à eau à moteur thermique, et de ne jamais faire tourner un groupe électrogène dans un espace clos (habitation, garage, cave), ni même près des portes, fenêtres ou bouches d’aération. Un client qui vous appelle pour une chaudière en panne après une coupure a peut-être sorti un groupe électrogène en attendant.

Ce que le chauffagiste vérifie ensuite

Le monoxyde de carbone vient d’une combustion incomplète. Santé publique France en donne cinq causes :

  • Trop peu d’oxygène dans l’air : pièce calfeutrée, aération insuffisante, entrée d’air bouchée.
  • Des impuretés dans ce qui brûle.
  • Une évacuation insuffisante des gaz de combustion : conduit mal raccordé, cheminée obstruée ou mal ramonée.
  • Une utilisation prolongée ou inadaptée d’un appareil.
  • Un dysfonctionnement de l’appareil.

Ces causes dessinent la trame de la visite : l’appareil, son conduit d’évacuation, l’arrivée d’air de la pièce. Service-public le résume en une phrase : le monoxyde de carbone « est causé par un équipement mal entretenu associé à une mauvaise aération du logement ». Le communiqué demande aussi que la ventilation (VMC, bouches d’aération, grilles) reste en bon état de fonctionnement et ne soit jamais obstruée.

La mesure qui tranche est celle du monoxyde de carbone dans l’air ambiant, prévue à l’entretien annuel de la chaudière par l’arrêté du 15 septembre 2009. Service-public en donne les trois issues :

  • Moins de 10 ppm (partie par million) : la situation est considérée comme normale.
  • Entre 10 et 50 ppm : la situation est anormale. Le chauffagiste doit informer le client que des investigations complémentaires sur le tirage du conduit de fumée et la ventilation du logement sont nécessaires, pendant la visite ou en prestations complémentaires.
  • 50 ppm ou plus : danger grave et immédiat. Le chauffagiste doit indiquer que la chaudière doit être mise à l’arrêt jusqu’à sa remise en service dans les conditions normales de fonctionnement.

Dans ces cas, les conseils écrits ne sont plus facultatifs. Selon service-public, les conseils joints à l’attestation d’entretien sont donnés à titre indicatif, et « obligatoires uniquement lorsqu’une teneur anormalement élevée en monoxyde de carbone est constatée ». Les phrases exactes à porter sur l’attestation pour chacun des trois cas sont reprises dans notre article sur la campagne d’entretien des chaudières.

Une intoxication se signale

Santé publique France coordonne un système de surveillance des intoxications au monoxyde de carbone. Sa page, mise à jour le 13 mai 2020, indique que « toute personne ayant connaissance d’une intoxication au CO, suspectée ou avérée, doit la signaler au système de surveillance ».

  • À Paris et dans les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne : au centre antipoison et de toxicovigilance et au Laboratoire central de la préfecture de police.
  • Dans les autres départements, selon l’organisation locale : à l’Agence régionale de santé (ARS), au service communal d’hygiène et de santé, ou au centre antipoison et de toxicovigilance.

Après une intoxication accidentelle dans un logement, une enquête environnementale peut être menée sur place par les techniciens de l’ARS ou du service communal d’hygiène et de santé, pour éviter que cela recommence, avec si besoin une prescription de travaux. La même page indique que des réflexions sont en cours pour optimiser ce dispositif : pour savoir à qui signaler dans votre département, renseignez-vous auprès de votre ARS.

Questions fréquentes

Monoxyde de carbone : que faire tout de suite ?

Aérer immédiatement la pièce en ouvrant portes et fenêtres, arrêter les appareils à combustion si c’est possible, évacuer sans attendre, puis appeler le 15, le 18, le 112, le 114 pour les personnes malentendantes, ou un centre antipoison au 01 45 42 59 59. Ce sont les consignes du communiqué de la Direction générale de la santé, de Santé publique France et de l’Anses.

Quels sont les premiers signes d’une intoxication au monoxyde de carbone ?

Des maux de tête, une grande fatigue, des nausées, des vomissements ou des vertiges. Ils doivent alerter surtout s’ils apparaissent vite, près d’un appareil à combustion, et touchent plusieurs personnes ou animaux au même endroit.

Peut-on rallumer sa chaudière après une intoxication au monoxyde de carbone ?

Le communiqué demande de faire vérifier les installations par un professionnel qualifié avant toute remise en fonctionnement. Si la mesure du monoxyde de carbone dans l’air ambiant, faite lors de l’entretien, atteint 50 ppm ou plus, le chauffagiste doit indiquer que la chaudière reste à l’arrêt jusqu’à sa remise en service dans les conditions normales de fonctionnement.

À partir de quel taux le monoxyde de carbone est-il dangereux ?

Pour la mesure faite à l’entretien de la chaudière, selon service-public : sous 10 ppm, la situation est normale ; de 10 à 50 ppm, elle est anormale ; à 50 ppm et au-delà, c’est un danger grave et immédiat, et la chaudière est mise à l’arrêt.

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