Chèque énergie : le client peut-il payer l’entretien ou les travaux de chauffage avec ?

Par Gabriel Nédélec, ancien responsable d’équipe en chauffage et climatisation, fondateur d’AUTILIA

Publié le 29 octobre 2026

Un client vous propose de payer l’entretien de sa chaudière en chèque énergie. Pour l’entretien, la réparation ou le remplacement d’une chaudière, la réponse est non, et la loi de finances de février 2025 a fermé la dernière porte du côté des travaux. Voici ce que le chèque paie vraiment, le seul cas où un chauffagiste peut encore en recevoir un, comment se faire rembourser, et la réponse à donner au client. Relevé sur Légifrance, chequeenergie.gouv.fr et service-public le 16 octobre 2026.

Ce que le chèque énergie paie

Le code de l’énergie définit le chèque énergie comme un titre spécial de paiement. Il aide les foyers modestes à régler tout ou partie de leurs dépenses d’énergie relatives à leur logement. L’article R. 124-4 en donne la liste complète, en quatre cas :

  • une dépense de fourniture d’énergie liée au logement, même si le contrat d’électricité ou de gaz couvre aussi un usage professionnel ;
  • ce que paie le résident d’un logement-foyer conventionné APL pour occuper son logement ;
  • ce que paie le résident d’un EHPA, d’un EHPAD, d’une résidence autonomie ou d’un établissement de soins de longue durée ;
  • les charges récupérables qui comprennent des frais d’énergie, facturées par les gestionnaires de logements de la liste officielle (organismes HLM notamment).

En pratique, le client paie avec son chèque sa facture d’électricité, de gaz naturel, de GPL, de chaleur, son fioul domestique, son bois ou un autre combustible de chauffage. Le carburant de la voiture n’en fait pas partie. Ce n’est pas un chèque bancaire : aucune banque ne l’encaisse.

En 2026, le chèque vaut de 48 à 277 €, selon les revenus et la composition du foyer. Il faut un revenu fiscal de référence inférieur à 11 000 € par unité de consommation.

L’entretien et le dépannage n’ont jamais été dedans

Aucun des quatre cas ne vise l’entretien, la réparation ou le remplacement d’une chaudière. Le texte actuel ne parle ni de travaux, ni d’entretien, ni de professionnel RGE.

Avant 2025, il existait une cinquième ligne, mais elle ne couvrait pas l’entretien non plus. Elle visait l’acquisition ou l’installation dans le logement des équipements, matériaux et appareils ouvrant droit au crédit d’impôt de l’article 200 quater du code général des impôts. Seul un professionnel RGE pouvait se faire rembourser un chèque pour ces travaux. Le client pouvait aussi, s’il le souhaitait, échanger son chèque auprès de l’Agence de services et de paiement (ASP) contre un « chèque travaux » de même valeur, réservé à ces travaux et valable deux ans de plus. Une visite d’entretien ou une réparation n’a jamais été une dépense payable par chèque énergie.

Ce qui a changé en février 2025

La loi de finances pour 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025, article 173), publiée au Journal officiel le 15 février, a réécrit l’article L. 124-1 du code de l’énergie. Depuis, le chèque énergie ne peut plus payer de travaux de rénovation énergétique. Le décret n° 2025-735 du 31 juillet 2025 a ensuite abrogé l’article qui permettait l’échange contre un chèque travaux, à compter du 2 août 2025.

Une seule exception, prévue par la loi elle-même : les chèques valables uniquement pour des travaux, émis avant sa publication, restent utilisables jusqu’à leur date de fin de validité, aux conditions de l’ancien texte. Le site officiel du chèque énergie le traduit ainsi pour les professionnels : les professionnels RGE sont tenus d’accepter le chèque travaux émis avant le 15 février 2025 jusqu’à sa date de validité.

Ces chèques travaux peuvent encore circuler. L’ancien texte ajoutait deux ans à la durée de validité du chèque échangé. Par exemple, un chèque émis avant le 1er septembre 2024 expirait le 31 mars 2025 ; échangé en chèque travaux avant le 15 février 2025, il restait valable jusqu’au 31 mars 2027. Seule la date imprimée au recto fait foi.

Une page officielle encore à l’ancienne

La page du ministère de la Transition écologique sur la précarité énergétique, publiée en 2020 et toujours en ligne le 16 octobre 2026, dit encore que le chèque peut financer une partie des travaux d’économies d’énergie. C’est l’ancienne règle. La loi, chequeenergie.gouv.fr et service-public disent le contraire depuis février 2025. Un client qui a lu cette page n’est pas de mauvaise foi.

Si un client vous présente un chèque travaux

  1. Vérifiez que vous êtes RGE pour les travaux concernés : le chèque travaux n’est remboursé qu’aux professionnels titulaires de ce signe de qualité.
  2. Vérifiez la date de fin de validité au recto. Après cette date, vous n’êtes pas tenu de l’accepter.
  3. Vérifiez le chèque lui-même : le mot « copie » apparaît s’il a été photocopié, et le papier porte un relief au toucher. Si le code à gratter est découvert, le chèque a peut-être déjà été utilisé en ligne : contrôlez son numéro sur le portail du chèque énergie avant de l’accepter.
  4. Le chèque ne paie que les équipements de la liste du crédit d’impôt, achetés ou posés dans le logement. Pas l’entretien, pas le dépannage.
  5. Aucun rendu de monnaie n’est permis : le chèque s’impute sur la facture, en tout ou en partie.

Se faire rembourser : adhésion, délai, frais

Ce qui suit vaut pour un chauffagiste RGE qui reçoit un chèque travaux, et pour une entreprise qui vend aussi du fioul domestique, du bois ou d’autres combustibles de chauffage : pour cette vente-là, elle fait partie des professionnels qui sont tenus d’accepter le chèque énergie.

  • Adhésion : une convention avec l’ASP, demandée par un formulaire en ligne sur chequeenergie.gouv.fr. Il faut le RIB, le SIRET, le code NAF et les informations du responsable légal. Vous imprimez ensuite la demande pré-remplie, la signez et l’envoyez par courrier, avec les justificatifs demandés. La catégorie « Professionnel RGE » existe toujours dans le formulaire.
  • Coût : aucun. Le site officiel le dit en un mot : gratuit. Et aucun frais ne doit être facturé au client qui paie par chèque énergie.
  • Remboursement : dans l’espace professionnel, par une remise télédéposée de 99 chèques au plus, avec un bordereau signé, scanné et déposé (PDF ou JPG, 2 Mo au plus).
  • Délai de paiement : 15 jours calendaires au plus après réception d’une demande conforme, hors délais interbancaires, et 10 jours de plus en période de clôture comptable annuelle.
  • Date limite : le dernier jour du deuxième mois qui suit la fin de validité du chèque. Pour un chèque valable jusqu’au 31 mars, au plus tard le 31 mai. Après, il est définitivement périmé.

Pas encore de compte ? Un professionnel éligible doit déjà accepter le chèque pour une dépense éligible : il fait les démarches d’adhésion, puis demande le remboursement dans son espace. Pour les questions des professionnels, l’assistance répond au 09 70 82 85 82 (service gratuit, prix d’un appel), ou par le formulaire de contact du site.

Accepter un chèque pour un entretien : ce que vous risquez

L’article R. 124-14 du code de l’énergie punit trois choses de l’amende des contraventions de cinquième classe : accepter un chèque énergie pour une autre dépense que celles de la liste, ne pas l’accepter quand on est tenu de le faire, et enfreindre l’article R. 124-11, qui interdit de rendre la monnaie. Selon le code pénal, cette amende est de 1 500 € au plus pour un artisan en nom propre, et de 7 500 € au plus pour une société. Le site officiel ajoute qu’elle peut atteindre 3 000 € en cas de récidive, mais le code pénal ne permet cette hausse que si le texte qui punit la prévoit, et l’article R. 124-14 ne la prévoit pas.

L’ASP contrôle au hasard. Elle peut demander les pièces qui prouvent que la dépense était éligible, et l’entreprise a deux mois au plus pour les envoyer. Si le chèque a payé une dépense hors liste, l’ASP peut en plus récupérer la somme versée à l’entreprise. Les articles R. 124-1 à R. 124-16 du code de l’énergie ne traitent pas d’une facture qui mêle une livraison de combustible et un entretien : seule la dépense d’énergie entre dans la liste.

Au téléphone : la réponse à donner

Quand un client demande s’il peut régler l’entretien ou le dépannage en chèque énergie, quatre phrases suffisent :

  1. Non pour l’entretien, la réparation ou le remplacement de la chaudière : la loi ne le permet pas, et l’artisan qui l’accepterait risque une amende.
  2. Le chèque sert à payer votre facture d’électricité ou de gaz, votre fioul ou votre bois. Remis à votre fournisseur, il allège cette facture-là.
  3. Si vous avez un chèque travaux émis avant le 15 février 2025, lisez-moi la date au recto : s’il est encore valable, un professionnel RGE peut l’accepter pour un équipement éligible.
  4. Pour une question sur votre chèque, l’assistance des bénéficiaires répond gratuitement au 0 805 204 805.

Le refus du chèque ne clôt pas l’appel : proposez ensuite le rendez-vous d’entretien comme à tout client, avec son prix.

La campagne 2026, et ce qui n’est pas encore publié

Depuis la campagne 2025, le chèque est attribué en croisant le numéro du compteur électrique du logement avec les revenus du foyer fiscal du titulaire du contrat d’électricité. Les chèques 2026 sont envoyés depuis le 1er avril 2026. Un foyer éligible qui n’a rien reçu peut le demander jusqu’au 31 décembre 2026, en ligne ou par courrier.

Un chèque émis avant le 1er septembre expire le 31 mars de l’année suivante ; émis à partir du 1er septembre, le 31 mars de la deuxième année suivante. Le site officiel annonce que la campagne 2027 sera lancée en janvier 2027, mais au 16 octobre 2026, ses montants et ses règles ne sont pas publiés.

Questions fréquentes

Peut-on payer l’entretien d’une chaudière avec le chèque énergie ?

Non. Le chèque énergie paie la fourniture d’énergie du logement (électricité, gaz, fioul, bois…) et certaines charges de logement. L’entretien, la réparation et le remplacement d’une chaudière n’ont jamais fait partie de la liste.

Un chauffagiste RGE peut-il encore accepter le chèque énergie ?

Seulement un chèque travaux émis avant le 15 février 2025, jusqu’à sa date de validité, pour un équipement éligible. Un chèque énergie ordinaire ne peut plus payer de travaux depuis cette date.

En combien de temps un chèque énergie est-il remboursé ?

L’ASP paie dans un délai de 15 jours calendaires au plus après une demande conforme, hors délais interbancaires (10 jours de plus en période de clôture). La demande doit être faite avant la fin du deuxième mois suivant la date de validité du chèque.

Le chèque énergie peut-il payer du fioul ou du bois de chauffage ?

Oui, chez un vendeur de fioul domestique, de bois ou d’autres combustibles de chauffage, qui est tenu de l’accepter. Pour le fioul ou le bois, le paiement en ligne n’est pas possible : le client remet le chèque papier.

La question du chèque énergie arrive souvent pendant que vous êtes chez un autre client. AUTILIA décroche les appels que vous ne pouvez pas prendre, par un renvoi depuis votre numéro habituel, qualifie la demande et pose le rendez-vous dans votre agenda. L’appel est enregistré et transcrit : la question du client vous attend avec sa demande d’entretien, et vous y répondez en le rappelant.

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