Attestation de capacité fluides frigorigènes : ce qu’exige la pose d’une climatisation

Par Gabriel Nédélec, ancien responsable d’équipe en chauffage et climatisation, fondateur d’AUTILIA

Publié le 20 octobre 2026

Un client a acheté un climatiseur en magasin et cherche quelqu’un pour « juste le brancher ». Voici ce que le droit réserve aux entreprises attestées et ce qui change d’ici 2029. Relevé dans le Code de l’environnement, ses arrêtés et le règlement européen sur les gaz fluorés le 16 octobre 2026.

Deux documents : un pour l’entreprise, un pour le technicien

L’attestation de capacité appartient à l’entreprise. Un organisme agréé la délivre pour cinq ans au plus, après avoir vérifié la capacité professionnelle de l’entreprise et ses outillages. Elle précise les équipements sur lesquels l’entreprise peut intervenir et les activités qu’elle peut exercer. Une entreprise qui a plusieurs établissements en obtient une pour chacun (article R543-99).

L’attestation d’aptitude appartient à la personne. L’entreprise remplit la condition de capacité professionnelle quand les personnes qui interviennent sous sa responsabilité en sont titulaires, pour les activités et les équipements concernés, ou détiennent un certificat équivalent délivré dans un État de l’Union (R543-106). Selon le ministère de la Transition écologique, elle s’obtient par la formation initiale, par une formation professionnelle reconnue ou auprès d’un organisme évaluateur certifié, dont la liste est publiée sur le site de France compétences.

Ce que le texte réserve à une entreprise attestée

Le Code de l’environnement appelle « opérateurs » les entreprises qui font, à titre professionnel, la mise en service des équipements, leur entretien et leur réparation dès qu’il faut intervenir sur le circuit, le contrôle d’étanchéité, le démantèlement, la récupération et la charge du fluide, ou toute autre opération qui le manipule (R543-76).

L’assemblage leur est aussi réservé. L’article R543-78 vise expressément l’opération au cours de laquelle les conduites de fluide sont connectées pour compléter un circuit frigorifique : relier les deux unités d’un climatiseur en deux parties, c’est cette opération. Ces règles visent quatre familles de fluides : CFC, HCFC, PFC et HFC hors HFO, dont le HFC-32 (R543-75).

Une entreprise qui fait ces opérations sans attestation de capacité commet une contravention de 5e classe (R543-123) : 1 500 € au plus pour un artisan en nom propre, jusqu’à 7 500 € pour une société, qui encourt le quintuple (Code pénal, articles 131-13 et 131-41), et l’article prévoit la récidive. Le client qui fait mettre en service son équipement sans entreprise attestée commet une contravention de 3e classe (R543-122), soit 450 € au plus pour un particulier. Ces deux articles listent d’autres infractions, dont l’absence de fiche d’intervention.

Les catégories, aujourd’hui et au 1er janvier 2027

Jusqu’au 31 décembre 2026, l’arrêté du 30 juin 2008 fixe cinq catégories :

  • Catégorie I : contrôle d’étanchéité, maintenance et entretien, assemblage, mise en service et récupération des fluides, sur tous les équipements de réfrigération, de climatisation et de pompe à chaleur.
  • Catégorie II : les mêmes activités sur les équipements de moins de 2 kg de fluide, et le contrôle d’étanchéité de tous les équipements.
  • Catégorie III : récupération des fluides sur les équipements de moins de 2 kg.
  • Catégorie IV : contrôle d’étanchéité.
  • Catégorie V : climatisation des véhicules.

Un arrêté du 21 novembre 2025, obligatoire au 1er janvier 2027, remplace cette liste. A1 couvre l’installation, l’entretien, la réparation, la mise hors service, le contrôle d’étanchéité et la récupération. A2 couvre les mêmes activités, limitées aux équipements de moins de 3 kg, ou de moins de 6 kg s’ils sont hermétiquement scellés et étiquetés comme tels. B vise le CO2, C l’ammoniac, D la récupération sous les seuils de A2, E le contrôle d’étanchéité sans accès au circuit, V les véhicules. A1 et A2 se déclinent en gaz fluorés, en hydrocarbures, ou les deux. Les anciennes catégories I, II, III et IV des techniciens mènent respectivement à A1, A2, D et E.

Validité : la date qui compte est le 12 mars 2029

Le calendrier, d’après les arrêtés du 21 novembre 2025

Les attestations de capacité délivrées après le 12 mars 2024 sont valables jusqu’au 12 mars 2029 au plus. Les titulaires d’une attestation d’aptitude de catégorie I, II, III ou IV suivent une remise à niveau avant le 12 mars 2029 ; sans elle, l’attestation n’est plus valide et l’examen est à repasser. Ensuite, une remise à niveau au moins tous les sept ans.

Selon la note de transition du ministère (août 2026), les entreprises transmettent à leur organisme, avant le 12 mars 2029, les attestations de remise à niveau de leurs techniciens ou la preuve de leur inscription. L’organisme délivre alors une attestation provisoire aux nouvelles catégories. Sans ces pièces à cette date, l’attestation est retirée.

Qui délivre l’attestation de capacité

Les organismes sont agréés par le ministre pour cinq ans au plus et, depuis le 1er janvier 2018, accrédités par le COFRAC ou un équivalent européen (R543-108). La page du ministère, dans une liste arrêtée au 1er janvier 2024, cite pour les catégories I à V : Bureau Veritas Certification, Cemafroid, Certi Kôntrol, Qualiclimafroid, SGS International Certification Service, Socotec Certification France et WE-CERT. AFNOR Certification et Dekra Certification n’y figurent que pour la catégorie V. La phrase qui introduit ce tableau annonce six organismes ; il en compte neuf.

Ce que le client peut vérifier

  • Une copie de l’attestation de capacité : c’est la preuve prévue par l’article R543-78.
  • La liste des opérateurs attestés publiée par l’ADEME sur data.gouv.fr : raison sociale, SIRET, ville, catégorie, date de fin de validité. Elle est actualisée tous les quinze jours ; en cas de doute, l’ADEME renvoie vers l’organisme agréé.
  • La liste à jour que chaque organisme agréé tient à la disposition du public (R543-114).
  • Le numéro d’attestation, qui figure sur chaque fiche d’intervention.

L’attestation d’aptitude du technicien porte son nom, son numéro et ses catégories. Aucun texte lu n’oblige à la montrer au client.

La climatisation achetée en magasin

Un magasin ne peut céder un équipement préchargé qui demande une entreprise attestée pour son assemblage ou sa mise en service qu’à trois types d’acheteurs : un autre distributeur, une entreprise attestée, ou une personne qui justifie au moment de l’achat d’un contrat d’assemblage et de mise en service signé avec une entreprise attestée (R543-84). Ce contrat suit le Cerfa 15498, indique le type d’appareil et la catégorie du fluide, et il est signé par l’acheteur et par l’entreprise (arrêté du 29 février 2016).

Le vendeur doit aussi afficher, sur l’emballage ou là où l’appareil est exposé, les conditions d’assemblage et de mise en service, et renvoyer vers la liste des entreprises attestées (R543-77-1). Le règlement européen va dans le même sens : un équipement non hermétiquement scellé, chargé de gaz fluorés, ne peut être vendu à l’utilisateur final que s’il est établi que l’installation sera faite par une entreprise certifiée (article 11).

La seule exception, et ce qu’elle ne couvre pas

Une entreprise attestée n’est pas obligatoire pour mettre en service un équipement à circuit hermétique, préchargé, de moins de 2 kg de fluide, quand sa mise en service consiste seulement à le raccorder aux réseaux électrique, hydraulique ou aéraulique (R543-78). Le règlement européen appelle hermétiquement scellé un équipement rendu hermétique chez le fabricant. Les liaisons d’un climatiseur en deux parties se raccordent chez le client, et aucun texte lu ne fait d’exception pour les liaisons préchargées ou les raccords rapides.

Au téléphone : « je veux juste la faire brancher »

Ce qui suit est un conseil de métier, pas une obligation : les questions à poser avant d’accepter.

  1. Quel appareil ? Un climatiseur mobile d’un seul bloc, branché sur une prise, entre en principe dans l’exception s’il contient moins de 2 kg : le client n’a pas besoin de vous. Deux unités reliées par des tuyaux, c’est un assemblage réservé à une entreprise attestée, et le client qui s’en passe s’expose lui-même à une amende.
  2. A-t-il signé en magasin un contrat d’assemblage et de mise en service, et avec qui ? S’il en a un, c’est d’abord cette entreprise qu’il doit appeler.
  3. Que dit la plaque : quel fluide, quelle charge ? Comparez avec votre catégorie : la catégorie II s’arrête sous 2 kg.
  4. Si vous acceptez, annoncez ce que vous remettrez : une copie de votre attestation de capacité et la fiche d’intervention.

Après la pose : la fiche d’intervention

L’entreprise établit une fiche d’intervention pour chaque opération qui manipule le fluide (R543-82). Elle porte ses coordonnées, son numéro d’attestation, la date et la nature de l’intervention, et les quantités de fluide récupérées ou réintroduites (arrêté du 29 février 2016). Pour les catégories I à IV, c’est le Cerfa 15497.

Au-delà de 5 tonnes équivalent CO2 de HFC, la fiche est signée par l’entreprise et par le détenteur, qui garde l’original, et chacun la conserve au moins cinq ans. Elle peut être électronique (R543-83). L’application Fluides frigorigènes du ministère pré-remplit le Cerfa 15497 et fait signer le client par un code à 4 chiffres ; elle n’est pas obligatoire.

Le règlement européen de 2024 : ce qui change pour une petite entreprise

Le règlement (UE) 2024/573 a abrogé le règlement 517/2014. Selon le ministère, il est entré en vigueur le 11 mars 2024. Pour qui pose des climatiseurs :

  • La certification couvre désormais les solutions de substitution aux gaz fluorés, réfrigérants naturels compris (article 10).
  • Une entreprise ne confie une installation à une autre qu’après s’être assurée qu’elle détient les certificats nécessaires (article 10).
  • Seules les personnes certifiées, ou les entreprises qui les emploient, peuvent acheter des gaz fluorés pour installer, entretenir ou réparer (article 11).
  • Climatiseurs en deux parties : mise sur le marché interdite depuis le 1er janvier 2025 sous 3 kg avec un gaz de potentiel de réchauffement (PRP) de 750 ou plus ; à partir de 2029 pour les air-air de 12 kW ou moins avec un PRP de 150 ou plus ; à partir de 2035 pour tous les modèles de 12 kW ou moins contenant un gaz fluoré. Pour 2029 et 2035, sauf exigence de sécurité sur le site ; l’interdiction de 2025 n’a pas cette réserve. Le HFC-32 a un PRP de 675.

Ces dates visent la mise sur le marché d’appareils neufs. Les pièces de réparation des appareils existants restent autorisées, si la réparation n’augmente ni la capacité, ni la quantité de gaz, ni le PRP du gaz.

Le propane : des textes pas encore alignés

Le Code de l’environnement ne vise que les CFC, HCFC, HFC et PFC (R543-75), et la FAQ du ministère de février 2024 cite le R-290 parmi les fluides non soumis à la réglementation. Mais le règlement européen étend la certification aux réfrigérants naturels, et les arrêtés du 21 novembre 2025 créent des catégories hydrocarbures. Avant de poser un appareil au propane, demandez à votre organisme agréé ce qu’il exige.

Questions fréquentes

Faut-il une attestation de capacité pour installer une climatisation ?

Pour un climatiseur en deux parties, oui : relier les liaisons complète le circuit, et le texte réserve cette opération à une entreprise attestée (R543-78). Seul un équipement hermétique, préchargé, de moins de 2 kg, qui se raccorde uniquement aux réseaux, y échappe.

Quelle est la durée de validité d’une attestation de capacité ?

Cinq ans au plus. Celles délivrées après le 12 mars 2024 ne valent que jusqu’au 12 mars 2029.

Comment vérifier qu’un installateur de climatisation est attesté ?

Demandez une copie de son attestation de capacité, ou cherchez-le dans la liste des opérateurs attestés publiée par l’ADEME, qui donne la catégorie et la date de fin de validité.

Le client qui veut faire poser sa climatisation appelle souvent pendant que vous êtes sur une autre pose. AUTILIA ne répond que lorsque personne ne décroche, et vous envoie une fiche écrite : qui appelle, pour quel appareil, à quelle adresse. Vous indiquez ce que fait chacun de vos techniciens, par métier, par appareil et par secteur : elle ne propose que les créneaux de ceux qui font ce type d’intervention.

À lire aussi

Sources

Tous les articles